HDLM 2A – La Renaissance

Partie 1

La Renaissance en musique va de la moitié du 15e siècle au début du 17e siècle et correspond à l’âge d’or européen de la polyphonie. Elle s’est exprimée dans plusieurs formes musicales comme la messe, le motet, la chanson avec les Bourguignons et les Franco-Flamands.

Guillaume de Machaut est mort depuis 33 ans quand débute le 15e siècle. C’est à ce moment là que toute l’Europe bascule de l’Ars Nova à la musique du nord, celle des anglais, des flamands, des bourguignons.
C’est la guerre de Cent ans qui oppose la France et l’Angleterre. La France perd sa place essentielle qu’elle a si longtemps tenue en Europe. Les foyers musicaux se déplacent vers les régions restées prospères et pacifiques : la Bourgogne et la Flandre, provinces qui à l’époque sont gouvernées par les ducs de bourgogne.
A leur cour, la plus riche et la plus brillante d’Europe, les musiciens affluent et composent de nombreuses œuvres profanes de caractère raffiné.

Gilles Binchois (1400 – 1460) – Filles à marier

Alors qu’un climat de détente domine la Bourgogne, un esprit différent règne en Flandre. Les œuvres qui y sont composées sont principalement religieuses, le caractère est sérieux mais chaleureux.

Le prestige et l’influence des compositeurs anglais à ce moment là on changé le cours de l’histoire de la musique dans toute l’Europe occidentale.
Alors que sur le continent les compositeurs utilisent les intervalles comme la quarte, la quinte et l’octave, les anglais eux ne jurent que par la tierce. Cet élément conditionnera toute l’évolution polyphonique à venir.
L’utilisation de la tierce en mouvements parallèles donne une sonorité plus suave, plus douce. Sur le continent, on appelle cela la « consonance anglaise » de Dunstable, elle influencera notamment Binchois ou encore Dufay.

John Dunstable – Veni Sancte Spiritus (Motet)

On sent alors une tendance encore timide vers une opposition Majeur/mineur, les cadences sont de plus en plus raffinées.
La messe polyphonique se développe et devient une des formes musicales les plus étendues et les plus savantes des 15 et 16e siècles.

Le motet est l’autre forme de composition religieuse la plus répandue. On renonce à la complexité des paroles différentes à chaque voix. On adopte désormais un même texte liturgique (religieux) pour toutes les voix. Parfois, une seule voix chante le texte, les autres étant jouées sur des instruments.
La chanson est également très appréciée à l’époque, d’autant plus qu’il y avait de nombreux poètes talentueux.


Partie 2

L’impact des mouvements religieux :
En Allemagne, la Réforme protestante de Luther (1483 – 1546) influence la musique vocale. Les chorals font leur apparition, ils sont chantés à l’unisson dans le culte protestant et favorisent le chant collectif accessible à tous avec un langage simplifié, vulgarisé pour toucher le plus de monde possible. Ils influenceront pendant longtemps la musique allemande tel que J.S. Bach qui en écrivit de nombreux, 150 ans plus tard.
Depuis sa naissance, le christianisme imposait une discipline rigoureuse à la pratique musicale et considérait la musique comme un moyen de prière (chant grégorien).
Les humanistes de la Renaissance remettent en cause l’église romaine et les différentes réformes religieuses s’accompagnent d’une évolution des formes musicales. L’humaniste de la Renaissance prône la beauté, les sentiments humains, la nature… La musique devient réaliste, expressive, elle donne naissance à la mélodie accompagnée. La conception de la musique qui jusque là était horizontale va se métamorphoser en une conception plus verticale, donc plus épurée et où le texte reprends ses droits.

Apogée du style franco-flamand :
Les compositeurs Franco-Flamands propagent leur art à travers l’Europe. Le plus célèbre et le plus talentueux est sans aucun doute Josquin des Prés (1440 – 1521).

A mi-chemin entre le 15e et le 16e siècle, il occupe une position d’équilibre entre le Moyen-âge et la Renaissance. Il nous laisse une œuvre considérable. Josquin des Prés développe la science harmonique alliant recherche et simplicité, tout de clarté et d’émotion. Son style est varié et expressif.

Il écrit des chansons profanes au caractère aimable comme Petite Camusette :

Mais son œuvre comporte aussi des pièces plus graves comme La Déploration sur la Mort de Johannes Ockeghem (un compositeur) :

Il écrit de nombreuses messes et motets où il accorde une attention particulière à l’adéquation du texte et des motifs musicaux.
Ses premières œuvres rivalisent avec la complexité d’écriture de ses contemporains mais peu à peu, durant son séjour en Italie, il évoluera vers une polyphonie plus simple et plus verticale. Il illustre la tendance de l’époque, humaniste et respectueuse de l’individu dont Rabelais et Montaigne sont les exemples. Il est considéré de son vivant comme le plus grand compositeur de sa génération.

Être musicien à la Renaissance :
La musique professionnelle est réservée exclusivement aux hommes, les voix les plus aiguës sont chantées par des enfants. Les musiciens sont le plus souvent attachés à la maison d’un seigneur, ils y sont logés, nourris, ils accompagnent leur mécène (personne qui aide financièrement, par goût des arts, un artiste) dans tous ses déplacements. La formation des compositeurs, chanteurs, ou instrumentistes s’effectue presque exclusivement dans les grandes maîtrises. Les enfants y sont recrutés à partir de 7 ans. Les plus grandes cours s’arrachent les plus belles voix.
Les musiciens jouent aussi dans les Chapelles (des princes ou des églises). Le maître de Chapelle a une charge de travail très importante, il a la responsabilité de la composition de nouvelles œuvres, de la direction musicale et de la formation des jeunes recrues.
Au XVIe siècle, la pratique musicale n’est plus seulement professionnelle. La bourgeoisie et la noblesse pratiquent souvent un ou plusieurs instruments en plus du chant. Les femmes qui n’ont pas leur place dans les institutions musicales ont la possibilité de montrer leurs talents dans le cadre privé.
Ce développement de la pratique amateur est favorisée par l’arrivée de l’édition musicale. La création de l’imprimerie musicale permet la diffusion des œuvres de façon rapide et étendue. C’est en 1501 que l’imprimeur vénitien Petrucci publie un 1er recueil dans lequel on trouve 96 œuvres dont des chansons françaises.


Partie 3

Les instruments :
Au XVIe siècle, la facture des instruments s’améliore, le luth et l’orgue sont les instruments de prédilection. Les violons et les violes se perfectionnent, l’étendue sonore augmente et pour la première fois, les sons produits par les instruments dépassent les limites de la voix. Le classement des instruments au XVIe siècle se divise en deux catégories selon s’ils jouent fort ou non : les hauts instruments et les bas instruments.

-> Les hauts instruments sont surtout utilisés en extérieur, parmi eux on retrouve : la chalémie, la sacqueboute, la trompette, le cornet à bouquin.
Ils sont utilisés pour les festivités, les déplacements du roi, la chasse, la guerre, les bals…

-> Les bas instruments sont utilisés pour la musique jouée en intérieur, dans l’intimité ou devant une assemblée restreinte. Parmi eux on retrouve : le luth, la viole, l’épinette, les flûtes à bec et traversière.

Seul l’orgue est autorisé à accompagner les chantres lors des offices religieux.

Les grands compositeurs de la Renaissance :

Palestrina (1525 – 1594)

Giovanni Pierluigi Palestrina (du nom de sa ville natale près de Rome) est le plus grand compositeur Italien de la Renaissance.
Il a amené la musique polyphonique religieuse à un haut degré de perfection. Il a écrit plus de 100 messes, 2 stabat mater dont un à 8 voix et l’autre à 12 voix, plus de 250 motets, plus de 140 madrigaux profanes et religieux ainsi que de nombreuses autres œuvres religieuses.

Magnificat Primi Toni – Palestrina

Gabrieli (1555 – 1612)

Giovanni Gabrieli est un compositeur Vénitien, il est une figure importante de transition entre la Renaissance et la musique Baroque. Il étudia avec son oncle Andrea Gabrieli et avec Roland de Lassus. Il a apporté beaucoup d’innovations, il fut l’un des premiers à introduire des parties instrumentales dans des œuvres chorales notamment dans les « canzon » pièces chantées et instrumentales souvent jouées en plusieurs chœurs à distance les uns des autres, donnant ainsi des réponses en échos.
Ses Sacrae Symphoniae I (1597) et II (1615) sont les premières œuvres pour chœur et instruments dans lesquelles l’instrumentation est précisée pour chaque partie.
Dans ses dernières œuvres il a donné à l’orgue le rôle de basse continue dont c’est la première utilisation connue.

Canzon La Spiritata (1608) – Gabrieli

Roland de Lassus (1532 – 1594)

Roland de Lassus (ou Orlando Lasso) est considéré comme l’un des plus grands musiciens de tous les temps. C’est un personnage très extravagant, certains pensent que son génie était à la limite de la folie. Influencé par le madrigal italien, sa musique va de plus en plus tenir compte du contenu expressif des textes. Elle est plus complexe, plus variée, d’une expression plus profonde.
Il est l’auteur de 2000 pièces aux styles les plus divers : 520 motets, 185 madrigaux, 141 chansons françaises, 86 pièces sur des textes allemands, 50 messes, 101 magnificats, 32 hymnes…
Il aura deux fils compositeurs, Ferdinand et Rodolphe dont la renommé ne parvint pas à s’inscrire dans l’histoire de la musique.
Il est le maître de l’école franco-flamande de la fin du XVIe siècle. Il a une importance considérable dans l’histoire de la musique car il symbolise le point culminant de la brillante époque de la polyphonie franco-flamande.

Susanne un jour – Roland de Lassus

Clément Janequin (1485 – 1558)

Compositeur français. D’après Ronsard, Clément Janequin fut l’élève de Josquin des Prés. C’est essentiellement un compositeur de chansons, il en a écrit près de 300. Il a eu une grande influence sur ses contemporains ainsi que sur le madrigal italien. Il est considéré comme le créateur de la musique descriptive, ses chansons illustrent des situations de manière très imagée sur plusieurs thèmes : la guerre, des chansons humoristiques sur divers sujets, la nature, etc…

La chasse – Clément Janequin

Monteverdi (1567-1643)

Claudio Monteverdi est né à Crémone en Italie. Issu d’une famille aisée de cinq enfants, il fut l’élève d’un grand maître du temps, Ingegneri, qui l’initia à la grande tradition polyphonique de la renaissance Italienne. A 15 ans il publie ces premières œuvres. Il se fait connaître à vingt ans lors de la parution de son premier Livre de madrigaux à 5 voix ; les deux suivants suivent de peu – il y en aura huit en tout. En 1590, il est engagé par le duc de Mantoue, Vincenzo Gonzaga, comme joueur de viole et chanteur, puis devient Maître de chapelle de Mantoue en 1602. En 1613 il est nommé Maître de chapelle à Saint-Marc de Venise. De nombreux malheurs s’abattent alors sur lui et sa famille : guerre, épidémie de peste qui emportera un de ses fils, arrestation d’un autre de ses enfants par l’inquisition.

Il compose une œuvre abondante, principalement des livres de musique religieuse,
mais aussi beaucoup d’œuvres dramatiques dont la majorité sont perdues aujourd’hui. Il a composé de nombreux madrigaux et 18 opéras dont le plus connu est « l’Orfeo » composé en 1607. Il est d’ailleurs considéré comme l’un des créateurs de ce genre musical.

La musique de Claudio Monteverdi marque une transition entre celle de la renaissance et celle de l’ère baroque.

Magnificat (extrait des vêpres de la vierge)
Sonata sopra Sancta Maria (extrait des vêpres de la vierge)
Ouverture d’Orfeo

Publié par annarocheman

Enseignante de Formation Musicale et Responsable du département FM du conservatoire de Tremblay-en-France, référente handicap.

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